"Le risque" est traité comme un bloc unique dans la plupart des discussions sur l'investissement, comme si tout ce qui fait baisser un portefeuille se valait. C'est faux, et c'est probablement la confusion qui coûte le plus cher aux investisseurs particuliers. Il existe au moins trois risques différents, et les confondre mène aux pires décisions.
Risque 1 : le risque de marché (volatilité)
Le prix d'un actif bouge, parfois beaucoup, à la hausse comme à la baisse. C'est la volatilité. Un ETF Monde peut perdre 30 à 40% de sa valeur lors d'un krach, puis revenir à son niveau initial et le dépasser dans les années qui suivent. Historiquement, c'est ce qui s'est toujours passé après chaque grande correction du marché actions mondial.
Ce risque est temporaire dans son principe, à une condition stricte : ne pas être forcé de vendre au mauvais moment. Si vous n'avez pas besoin de liquider votre position pendant la baisse, une baisse de marché n'est pas une perte, c'est une fluctuation. Elle ne devient une perte réelle que si vous vendez pendant qu'elle est basse.
C'est là que la plupart des dégâts se produisent : pas à cause de la baisse elle-même, mais à cause de la vente de panique pendant la baisse, qui transforme une fluctuation temporaire en perte définitive.
Risque 2 : le risque de perte permanente
Une entreprise fait faillite et ses actions ne valent plus rien. Un émetteur obligataire fait défaut. Une contrepartie financière ne peut pas honorer un engagement. Contrairement au risque de marché, ce risque-là ne se "répare" pas avec le temps : l'argent perdu est perdu.
C'est ce risque qu'il faut minimiser structurellement, et le principal outil pour ça est la diversification : détenir un ETF de 1500 entreprises plutôt qu'une seule action rend la faillite d'une entreprise individuelle négligeable pour le portefeuille global.
Risque 3 : le risque que vous n'avez pas cherché
Le plus dangereux des trois, parce qu'il est invisible tant qu'on ne l'a pas explicitement cherché. Deux exemples concrets, développés plus loin dans le site :
- Un ETF à réplication synthétique porte un risque de contrepartie sur le contrat de swap, en plus du risque de marché normal (voir le module sur le PEA).
- Un fonds peu liquide peut vous forcer à vendre à un prix dégradé si vous avez besoin de sortir rapidement (voir l'article sur les marchés financiers).
Pourquoi l'horizon change tout
Un investisseur qui capitalise sur 20 ans sans date de retrait précise peut absorber une baisse de 40% sans que ce soit un problème réel : il n'a jamais besoin de vendre au creux. Le même investisseur, s'il doit retirer son capital dans 8 mois pour un achat immobilier, ne peut pas se permettre la même exposition : un risque de marché normal devient, pour lui, un vrai risque de ne pas avoir la somme prévue au bon moment.
Le risque n'est donc jamais une propriété fixe d'un actif. Il dépend aussi de la situation de la personne qui le détient.
À retenir
Distinguez toujours : le risque de marché (temporaire, à accepter si votre horizon le permet), le risque de perte permanente (à minimiser par la diversification), et le risque non identifié (à débusquer activement avant d'investir). La bonne question avant tout investissement n'est pas "est-ce risqué", mais "de quel risque précis s'agit-il, et suis-je en position de l'accepter".